300 marins en colère à Collioure : la guerre du sel a bien eu lieu !

Le Petit Catalan – Journal quotidien | 15 avril 1886 | Source : Gallica

« Une grande animation règne chez nous. Les marins parlent déjà de se constituer en société pour expédier eux-mêmes leurs produits. Monsieur Coste, ancien maire et médecin, a donné le signal de l’intimidation en désabonnant tous les signataires et en refusant ses soins à des enfants malades. »

Le 9 mai 1886, Le Petit Catalan publie un article témoignant des tensions entre l’ancien maire de Collioure et les pêcheurs du village.

À l’origine du différend : le décret du 3 septembre 1884, notamment son article 2 :

« Les passavants nécessaires à la mise en circulation des poissons salés provenant de la pêche nationale ne seront accordés, pour les produits expédiés des lieux de salaison, que sur la déclaration d’origine du saleur ou du marchand, déclaration dont le maire de la commune certifiera l’exactitude. »

Lettre ouverte adressée au maire :

« Nous sommes aujourd’hui suffisamment convaincus de l’inertie et du mauvais vouloir de notre maire, ainsi que de la mauvaise foi de ceux qui l’influencent.
Qu’avez-vous à répondre, Monsieur le Maire ? Qu’avez-vous fait depuis le 3 septembre 1884 ? Rien ! Que ferez-vous ? Rien, rien, toujours rien !
Que nous avez-vous promis lors de la réunion du 27 avril dernier, en mairie ? Tout !
Ne nous avez-vous pas dit, devant trois cents marins réunis : “Mes amis, dans douze jours, bon ordre sera rétabli et la situation liquidée” ?
Nous avons attendu douze jours, nous avons attendu douze mois… et rien n’a encore été fait !
Nous n’avons contre vous ni haine ni rancune — loin de nous cette pensée. Nous demandons simplement l’exécution de la loi. »

Parmi les signataires : Louis Dalmau et Vincent Hostalrich.

En ce qui concerne Sauveur Dalmau, l’identification reste incertaine. Est-ce :

  • Sauveur Dalmau, né à Collioure le 28 avril 1851, époux de Catherine Grau (fille de Jean Grau et Catherine Lama de Saint-Génis-des-Fontaines) ?

  • Ou son fils, né à Collioure en 1864, qui fit carrière dans les douanes ?

Quoi qu’il en soit, un autre membre de la famille est bien impliqué dans cet épisode historique : Sauveur Louis Dabdon Dalmau, né à Collioure le 28 avril 1851, frère du précédent, fait partie des 300 pêcheurs révoltés contre les agissements du maire.

L’affaire fait grand bruit. Après plusieurs mois de tensions, le Conseil Général tranche lors de la séance du 14 septembre 1886, présidée par M. Émile Brousse.

Le Radical des Pyrénées-Orientales – 7 octobre 1886 | Source : Gallica

« Les errements de la douane, là où s’opère la salaison ou l’anchoitage du poisson français et espagnol à Collioure…
Les Espagnols pêchent au feu ou au phartier, capturant ainsi une quantité considérable de poisson. Cette technique est interdite en France. Le poisson espagnol, souvent de taille non conforme, est mal conditionné. Pourtant, il est expédié à partir de Collioure sous une marque française. »

(Note : la gabelle, impôt sur le sel aboli en 1790, fut rétablie le 28 décembre 1848, avant d’être définitivement supprimée le 31 décembre 1945.)

À Collioure, les saleurs étaient exemptés d’impôt… à condition de saler exclusivement du poisson français. Ce qui n’était manifestement pas le cas — d’où la colère des pêcheurs.

« Le sel exempté d’impôt doit être exclusivement utilisé pour la pêche française. Or, les douaniers ne vérifient rien et accordent aux saleurs une quantité de sel proportionnelle à la production, sans vérifier l’origine du poisson. »

Le ministre des Finances signale que près de 50 000 kilos de poissons espagnols ont été introduits à Collioure en 1885, alors que la ville en expédie plus d’un million de kilos chaque année.

Le Conseil formule donc les recommandations suivantes :

  1. Que les municipalités de Collioure, Banyuls-sur-Mer, Port-Vendres et Saint-Laurent-de-la-Salanque soient invitées à établir le marché du poisson espagnol en dehors des limites de leur octroi et à mettre en place un tarif spécifique de droits d’entrée.

  2. Que ces municipalités ne délivrent les passavants que pour le poisson salé expédié depuis Collioure et provenant exclusivement de la pêche nationale.

Le 24 juin 2004, l’anchois de Collioure a obtenu le label européen IGP (Indication Géographique Protégée). Il s’agit de la seule appellation d’origine française attribuée à un poisson.

PS : Le passavant est le certificat délivré par la mairie attestant de l’origine française des anchois.

5 Thoughts to “300 marins en colère à Collioure : la guerre du sel a bien eu lieu !”

  1. rose

    J’ai retrouvé le récit de ce sauvetage https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t537753743/f2.item.r=saint%20genis%20des%20fontainessaint%20genis%20pyrenees%20orientales%20saint%20genis%20pyrenees%20orientales.zoom Le Républicain des Pyrénées-Orientales : [« puis » Journal quotidien « puis » Journal des travailleurs « puis » Journal de l’Union radicale-socialiste « puis » Journal socialiste] du 18 juin 1885 . J’espère que le lien fonctionnera

  2. rose

    Nom épouse : GRAU
    Prénom épouse : Catherine Paule Augustine
    Lieu d’origine épouse : Saint Genis
    Date de naissance épouse : 30/06/1839
    Nom père épouse : GRAU
    Prénom père épouse : Jean [2E3376 (5 Mi 581)] – Saint-Génis-des-Fontaines (Pyrénées-Orientales, France) – État civil (Naissances, Mariages, Décès) | 1846 – 1870

  3. rose

    Bonjour, le fils de DALMAU sauveur et de catherine Grau se nomme Sauveur Jean Hyacinthe né le 08 février 1864 à Collioure. Selon sa fiche militaire, il a été reçu une « affectation spéciale » à St Pierre comme préposé des douanes le 08 février 1890. puis il est passé dans l’armée territoriale le 01/11/1898 . En janvier 1889, il est déclaré vivre à st genis des fontaines. description cheveux châtain, yeux bleus, front découvert , visage ovale taille 1.59m n° de matricule 899.

    1. Sylvia Mion

      Il va épouser à Perpignan Thérèse Fuilla, on le retrouve un peu plus tard à Collioure c’est dans celle ville que va naitre leur fille Thérèse Catherine Margueritte le 8/4/1905. La famille Dalmau est présente dans beaucoup de villages de la région, j’ai découvert dernièrement une branche qui vivait sur Elne à priori un maire de la ville porte ce nom, mais aussi toute une branche à Banuyls sur Mer. Si vous souhaitez obtenir les références des actes qui me permettent de réaliser ces articles surtout n’hésitez pas à formuler votre demande auprès du blog, je me ferais un plaisir de vous faire partager mes découvertes

  4. Sylvia Mion

    Depuis la rédaction de cet article, suite à un échange avec un descendant de la famille Dalmau j’ai obtenu la confirmation que c’est le fils de Sauveur Dalmau époux de Catherine Grau, qui se jette dans le Tech pour secourir les naufrages, un grand merci à ce passionné de généalogie qui sais combien le partage est indispensable dans cette discipline.

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