Carrefour des Albères, carrefour de l’histoire.

nuit du 1er au 2 décembre 1851. Photographie wikipedia

Quand le destin de Louis Cavaillé, boulanger de notre village, croise celui de Napoléon III, empereur des Français

Le 27 mai 1840, Louis Jean Antoine Cavaillé, âgé de 28 ans, épouse à Saint-Genis Marie Miguel. Fils de Joseph Cavaillé et de Marie Pineil, il fait partie des 589 habitants des Pyrénées-Orientales qui seront condamnés après le coup d’État du 2 décembre 1851.

L’histoire…

En 1836, muni de faux papiers, Louis-Napoléon entre dans Strasbourg où ses complices l’attendent. Si les artilleurs se rallient et défilent dans les rues de la ville, les fantassins du 46e de ligne refusent de se joindre aux mutins. En moins de deux heures, la tentative de prise de pouvoir tourne au fiasco : c’est la première tentative de coup d’État de Louis-Napoléon. Arrêté, il doit à l’intervention de sa mère la clémence royale. Fin novembre, il quitte Lorient à bord d’une frégate militaire qui le débarque à New York le 3 avril 1837.

Bien décidé à faire tomber la monarchie, on le retrouve en août de l’année suivante en Suisse. Il y finance une brochure dans laquelle il relate les événements de Strasbourg, ce qui provoque la colère de Louis-Philippe qui menace la Suisse. Louis-Napoléon décide alors de s’exiler en Angleterre.

Le 6 août 1840, à Boulogne-sur-Mer, il harangue les soldats en leur promettant monts et merveilles. Mais la troupe ne cède pas. Les conjurés sont contraints de battre en retraite. Réfugiés sur la plage, ils tentent de rejoindre leur navire. Louis-Napoléon, blessé au bras, n’arrive pas à nager et est à nouveau arrêté.

Le 6 octobre 1840, il est condamné à la réclusion à perpétuité. Cette nouvelle intéresse peu les Français, qui attendent surtout pour décembre le retour des cendres de Napoléon Ier.

C’est au château de Ham qu’il purge sa peine. Il y dispose d’un certain confort et entretient une relation avec une habitante du village, dont il aura deux enfants (reconnus par la suite).

Le 25 mai 1846, profitant des travaux du fort, il s’évade, le visage noirci et déguisé en ouvrier. Sa fuite n’est constatée que dans la soirée. Entre-temps, Louis-Napoléon a déjà rejoint la Belgique, puis l’Angleterre.

En 1848, la monarchie est renversée. Il se présente à l’élection présidentielle en décembre et, élu, il doit faire face à l’opposition des députés. C’est dans les salons de l’Élysée qu’il prépare son troisième coup d’État.

Le 2 décembre 1851, il s’empare en moins d’une heure du Palais Bourbon. Commence alors une vaste vague d’arrestations. Charlemagne de Maupas, préfet de police, a tout prévu. Adolphe Thiers fait partie des premiers arrêtés. Cinquante-quatre mille soldats, déployés en prévision de troubles, entrent dans la capitale. Une fusillade éclate sur les Grands Boulevards, mais les opposants sont rapidement décimés.

En province, les républicains tentent de s’organiser. Ainsi, le 7 décembre, notre village est le témoin d’un de ces événements.

Étienne Sabathé marche, drapeau rouge en main, à la tête d’une petite troupe armée. À ses côtés, Jean Chauvet, maire de Laroque, juché sur son cheval, encourage ses concitoyens. Leur but : rejoindre Céret. Mais ils sont arrêtés par la gendarmerie et les douaniers du village, qui n’hésitent pas à tirer. Le groupe se disperse. Des condamnations vont suivre.

Philippe Pagès, 26 ans, propriétaire élu, est condamné à l’expulsion du territoire.

Jean Chauvet, condamné à la déportation en Algérie, obtient une grâce le 5 janvier 1853.

Le même jour, une autre bande armée participe à l’attaque des communes de la Salanque.

Au total, 589 habitants des Pyrénées-Orientales seront condamnés : certains à une simple surveillance, d’autres à l’expulsion du territoire, d’autres encore à la déportation en Algérie ou au bagne de Cayenne.

Pour Louis Cavaillé, notre boulanger, marié et père de cinq enfants au moment des faits, convaincu d’appartenir à une société secrète mais jugé « non dangereux », la sanction se limite à une surveillance.

Gracié le 5 avril 1852, on retrouve une partie de sa famille en Algérie. Sa femme y décède, et trois de ses filles s’y marient.

*

Mariage à Mustapha Algérie le 29 aout 1879
de Rose Anne Cavaillé et François Leon Emery.

Mariage à Bilda Algérie le 19 septembre 1865 de Marie Cavaillé et Antoine Prévost

Mariage à Alger Algérie le 24 janvier 1873 de Marie Charlotte Cavaillé et Marius Louis Davin

(source: base de données des poursuivis à la suite du coup d’état de décembre 1851)

One Thought to “Carrefour des Albères, carrefour de l’histoire.”

  1. Sauze pascale

    Je tombe sur cet article par le plus grand des hasard.. et suis toute émue car c’est le frère de mon arrière- arrière-grand-mère, Marie Anne Rose Cavaillé..Partie un peu avant lui en Algérie où elle a rencontré son futur mari. Je pensais au départ qu’ils étaient peut être parti ensemble, mais le dernier fils de Louis et Marie , Michel est née à st Genis des fontaine en 1855 .. Donc ils sont partis après
    Merci pour ce texte qui me raconte une partie de vie
    Cordialement
    Pascale SAUZE

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