Quand la langue d’aqui brouille les pistes des généalogistes.

Parmi les héros saint-genissiens qui sauvèrent de la noyade treize travailleurs espagnols au gué du Tech, figure un certain Jean-Baptiste Danjou, tailleur d’habits. En cherchant à retracer le parcours de ce personnage local, une évidence s’est imposée : la langue d’ici, avec ses subtilités et ses variations, peut sérieusement compliquer la tâche des généalogistes.

Tout commence le 9 août 1876. Pierre Danjou, époux d’Agnès Guichet, marie à Saint-Genis son fils Pierre François, employé des douanes âgé de 30 ans, à Rose Margueritte Grau. Parmi les témoins figure Raymond Danjou, frère du marié.

Quelques mois plus tard, Rose Marie Grau donne naissance à une petite fille chez sa mère. L’enfant est prénommée Margueritte Rose Ignès Danjou. Une lignée se poursuit, mais les actes officiels ne tardent pas à semer le doute.

En effet, Pierre Danjou, père du marié, n’habite pas Saint-Genis, mais Saint-André. Il s’est marié le 30 octobre 1838 à Agnès Guichet. Lui-même fils de Pierre Danjou, également tailleur d’habits, et de Rose Maillac, il est originaire de Torreilles. Agnès Guichet, 24 ans, fille de François Guichet et d’Agnès Barbe, est quant à elle native de Saint-André. Son frère Jean-Pierre fut témoin à leur union.

Le couple aura plusieurs enfants. En mars 1839, naît leur premier fils, Louis. À cette époque, le maire de Saint-André s’appelle Jean Hervé. En 1842, Raymond voit le jour, inscrit cette fois par le nouveau maire, Pierre Romeu. Suivront Pierre François, puis Rose Agnès, enregistrée par Honoré Bocamy, autre maire du village.

Mais une anomalie apparaît. À partir de l’acte du 3 mai 1849, consultable aux archives départementales (page 258/290), l’épouse de Pierre Danjou n’est plus nommée Agnès Guichet, mais Agnès Guisset. Une variation de patronyme ? Une erreur de transcription ? La généalogie s’emmêle parfois dans les fils de l’oralité.

Le couple élargit encore la fratrie : Marie Madeleine naît en 1852, Pierre Romain en 1855 — il épousera Rose Noguès à Saint-André en 1881 — et Louise Eugénie, qui décèdera malheureusement à l’âge de 7 ans en 1860.

L’enquête généalogique trouve une forme de conclusion dans l’acte de décès de Pierre Danjou : il y est déclaré né à Torreilles, fils de Pierre Danjou et Rose Maillac, époux d’Agnès Guisset. Le témoin n’est autre que son fils, Raymond, 39 ans.

Autre document révélateur : l’acte de décès d’Agnès Guichet, mentionnée comme fille de François Guichet et Agnès Barbe, veuve de Pierre Danjou, décédée à l’âge de 81 ans.

Preuve, s’il en fallait, que la généalogie ne se limite pas à une liste de dates : elle nous fait voyager dans le temps, découvrir l’histoire de nos régions et décoder les subtilités d’une langue qui a parfois le goût du mystère.

P.S. : Si vous souhaitez vous lancer dans la recherche de vos ancêtres, vous pouvez, par l’intermédiaire du journal, obtenir les références des actes ayant servi à rédiger cet article.

One Thought to “Quand la langue d’aqui brouille les pistes des généalogistes.”

  1. rose

    Remonter un arbre généalogique est une véritable enquête. Bien souvent nos ascendant tes changeaient de prénom ou bien le maire chargé de transcrire les actes modifié involontairement « l’orthographe » du nom . par exemple le S à l’intérieur de mon nom de famille est devenu au fil des temps un Z .

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